Ces dernières décennies, les questions de sexualité ont eu le vent en poupe. Les années soixante-dix ont cherché à se défaire des stéréotypes traditionnels du couple. Les années quatre-vingt ont vu, au travers de l’épidémie de SIDA, la création de nombreux collectifs travaillant à lutter contre la maladie, mais également à lever les tabous liés aux diverses formes de sexualités et tout particulièrement à l’homosexualité. Ce n’est pourtant qu’en juillet 1982 qu’elle cesse d’être un délit en France, et il faut attendre 1992 pour qu’elle soit déclassifiée du registre des maladies mentales de l’Organisation Mondiale de la Santé. Si l’homosexualité, féminine ou masculine, a aujourd’hui gagné en visibilité, elle n’en est pas pour autant acceptée. Les mentalités sont encore engourdies et peu enclines à modifier leurs définitions du « genre » et de la « normalité ».
En effet, sans distinction de classe et de milieu, la domination du modèle hétérosexuel est toujours d’actualité. Cette domination érige en norme l’union d’un homme et d’une femme —et ce en accord avec leur patrimoine génétique et non en fonction de leur propre identité sexuelle— qui s’impose alors des contes pour enfants jusqu’au droit de parentalité. Toute exception à la règle entraine malaise et rejet. Ainsi, malgré l’ouverture d’esprit affichée, la stigmatisation des diversités sexuelles persiste. Le flou et la disparition de frontières nettes entrainent nombre de violences symboliques ou physiques.
Le cinéma, parfois pionnier et revendicateur, mais plus souvent reflet de nos sociétés et de ses idées, a d’abord éludé la diversité des genres et des sexualités. D’autres Å“uvres, ensuite, ont témoigné de la construction identitaire de cette diversité et de son affirmation au sein d’une société qui la rejette encore et la stigmatise toujours.
Après s’être penché sur la répression dans les États dits démocratiques, sur la persistance de la pauvreté dans les sociétés d’abondance et sur l’état de la condition féminine dans un environnement où l’égalité des sexes est proclamée, le festival aborde la question des homophobies dans des contextes politiques et sociaux où elles sont officiellement combattues ou niées. L’édition de l’automne 2007 du festival États d’Urgence ne veut pas se résigner à une acceptation de façade des genres et des sexualités et propose d’apporter quelques éléments de réflexions à travers des films de qualité. Chaque projection sera
suivie d’un débat.
Le festival se place ainsi dans la continuité du festival Influences Caraïbes, qui aborde dans son volet cinéma le thème des « tabous caribéens » les 3 et 4 novembre 2007.
Le festival aura lieu au MK2 Quai de Loire [1], comme lors des éditions précédentes, les 1er, 2, 8, 9 et 10 décembre.
Au programme :
dimanche 2 décembre 11h : When night is falling, de Patricia Rozema
samedi 8 décembre 11h : CRAZY, de Jean-Marc Vallée
dimanche 9 décembre 11h : Boys don’t cry, de Kimerbly Peirce
lundi 10 décembre 20h30 : My beautiful laundrette, de Stephen Frears
